samedi 15 juillet 2017

Triste vol sur Vueling

VUELING  « Love Hate The Way You Fly »
6 mois que je n'ai rien écrit sur ce blog. Mais qu'importe. J'en confie aujourd'hui les clés à Amarantha, une amie, qui a "testé pour vous" un voyage avec la compagnie Vueling, avec sa fille polyhandicapée.
Vol BCN-ORLY VY8022 14/07/2017.

J'embarque avec ma fille polyhandicapée et son siège adapté à son hypotonie. 

À l'aller, le 2 juillet 2017, sur le vol ORLY-BCN VY8015, nous n’avons rencontré aucun problème: ce siège a été fait sur mesure par un orthoprothésiste d’après les instructions de #Vueling par téléphone. 
Au retour, on nous annonce que le siège (qui est adapté uniquement aux dimensions du 1er rang, ce qui ne nous avait pas pas été précisé par téléphone) n'est pas accepté sur ce vol de retour sous prétexte qu’il mettrait en danger la sécurité des autres passagers dans le cas d'une évacuation! (sic).
Le personnel navigant alerte le pilote qui lui-même cherche à joindre un responsable #Vueling : En vain.
L'avion a déjà 15 minutes de retard et le pilote nous demande de débarquer.
Je refuse.
Si, à l'aller, ce n’était pas un problème, pourquoi le serait-ce au retour ?

Même vol, même compagnie aérienne!  

Quelques passagers m'encouragent à tenir bon et sont indignés, comme moi.

(Merci à eux et notamment au jeune homme qui m'a conseillé d'écrire ici, et à "Stéphanie" qui s'est si bien occupée de mon autre fille (5 ans) pendant ce temps… cette solidarité spontanée m’a aidée à garder mon calme!)

Au final, la seule solution pour rentrer chez nous, c'est de sortir ma fille polyhandicapée (18 ans, 1m56, 50 kilos, poupée de chiffon, aucun tonus, scoliose, ostéoporose, épileptique) de son siège adapté et d'essayer de la caler dans le siège de l'avion pour le décollage et l'atterrissage puis, le reste du temps, sur les genoux de maman, tant bien que mal.

Hallucinant !

Pourquoi est-ce que j'ai passé autant de temps avec Vueling au téléphone, sur un numéro surtaxé, pour préparer ce déplacement pour, au final, ne pas pouvoir utiliser le siège fait sur mesure et devoir me résigner à faire voyager ma fille dans les pires conditions ?

Je suis très en colère. La plupart des passagers à mes côtés l'étaient autant que moi. C'est inadmissible.

Ce n’est pas la première fois que je prends l’avion avec ma fille, et je suis bien consciente des difficultés à chaque fois. Sur la plupart des vols, il y a des places prioritaires pour les personnes en situation de handicap. Ce que beaucoup oublient souvent, c’est qu’il y a toutes sortes de handicaps. En ce qui concerne le polyhandicap dont la prévalence est estimée à 50 000 cas, chaque individu aura des besoins spécifiques. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai longuement préparé ce voyage avec la compagnie aérienne, réservé le service accompagnement PMR à Orly comme à Barcelone (et les accompagnateurs étaient autant consternés que moi).

Suite à ma publication sur facebook pour dénoncer cette situation discriminatoire et absurde et grâce à toutes les personnes qui l’ont relayée, la compagnie Vueling m’a envoyée un mail ce matin pour me dire qu’ils ouvraient un dossier qu’ils traiteraient dans les meilleurs délais.

Le service client m’a ensuite contactée par téléphone pour entendre mon témoignage de vive voix.

A suivre…

Et pour être tout à fait claire, car je lis aussi des commentaires désagréables sur une éventuelle, "récupération politique" de cette affaire : je ne cherche ni indemnisation, ni à salir l’image de Vueling. 

J’aimerais tout au plus sensibiliser et informer les gens des difficultés que les personnes en situation de handicap lourd, notamment de polyhandicap, rencontrent dans des situations quotidiennes. En parler peut permettre d’améliorer les choses…alors ; si les politiques veulent s’en saisir, ce serait déjà un bon début, et non quelque chose de critiquable.
Comme de coutume, lorsque je laisse les clés de mon blog à un-e invité-e, je ferme les commentaires. De toutes façons, ici, ça se passe de commentaires tant c'est scandaleux.

jeudi 29 décembre 2016

Jacqueline Sauvage, enfin libre! Merci pour elle. Merci pour elles.

Je suis ravie que Jacqueline Sauvage soit libre, auprès des siens, auprès de ses filles.
L'affect et l'émotion me font dire que François Hollande a pris une sage décision, empreinte de compassion et d'humanité. Oui.
Merci Monsieur le Président.
Oui, il a eu raison de gracier cette femme. D'abord partiellement, ne l'oublions pas. Puis totalement. Il a eu raison de lui rendre sa liberté (si tant est qu'elle puisse un jour se libérer totalement de l'enfer qu'elle a vécu).
Mais gracier n'est pas blanchir. Gracier n'est pas pardonner. Gracier n'efface pas la condamnation.

Car oui, Jacqueline Sauvage a tué son mari. C'est un fait. Et elle a été condamnée pour ça.

Et... On ne peut nier ni balayer d'un revers de main ses multiples condamnations par des jurys d'assises ni les multiples refus de libération qui lui ont été opposés.
À plusieurs reprises, Jacqueline Sauvage a été déclarée coupable de meurtre (et non pas d'assassinat comme on peut le lire ici ou là).
À plusieurs reprises, de nombreuses incohérences ont été relevées dans le récit de son calvaire.
Jacqueline Sauvage a tué son mari. Un mari violent, tortionnaire, pervers, qui a fait vivre à sa femme et ses filles un enfer pendant plusieurs dizaines d'années.

Alors, oui, on peut s'exclamer "Bien fait pour sa gueule à ce gros connard". Oui, on peut.

Mais on peut aussi regretter que cette femme et ses filles aient subi pendant 47 ans les violences de cet homme sans avoir pu se sauver de cet enfer, sans que personne n'ait rien vu ni entendu, sans qu'aucune aide ne leur ait été apportée pendant toutes ces années.
On peut s'interroger sur cette société du chacun pour soi dans laquelle nous vivons. Celle qui fait que nous nous croisons les uns les autres dans l'indifférence générale sans nous soucier les uns des autres.
On peut s'interroger sur cet acte de grâce présidentielle, ce fait du Prince, qui permet à un Président de la République d'effacer en quelques minutes de multiples condamnations et refus de libération émanant d'une justice indépendant et souveraine.

On peut s'interroger sur le pourquoi du comment on en arrive là.

Saluer cette grâce présidentielle et remercier François Hollande ne suffiront pas à faire avancer notre société pour que, plus jamais, nous n'ayons de "cas Jacqueline Sauvage" à défendre, par-delà le cadre légal et judiciaire.

Mais merci Monsieur le Président.
Merci pour elle. Merci pour elles.

jeudi 15 décembre 2016

Lettre ouverte à Valérie Pécresse, grande féministe devant l'éternel

Madame la Présidente du Conseil régional d'Île-de-France,

J'apprends aujourd'hui - sans grande surprise je dois bien l'avouer - que vous avez décidé de mettre un terme aux financements des études sur le genre, les inégalités et les discriminations.
Depuis plusieurs années maintenant, la Région soutient des Domaines d'Intérêt Majeur (DIM) en matière de recherche. Depuis 2006, le genre faisait partie de ces Domaines d'Intérêt Majeur justement. En 10 ans, ce sont près de 90 allocations de recherche de doctorat et de post-doctorat qui ont été financées par la Région que vous présidez depuis un an, à hauteur de 10 millions €.

C'est une somme importante, certes, mais c'est bien peu lorsqu'elle est ramenée à l'échelle d'un budget annuel comme celui de la Région Île-de-France. 

Vous avez donc fait le choix de supprimer purement et simplement les femmes, le genre et les droits des mots-clés directement concernés par les nouveaux DIM portés par la Région Île-de-France.

Mais ce n'est pas une surprise venant de votre majorité régionale, noyautée par la Manif pour Tous et Sens Commun. 

Vous aviez d'ailleurs clairement annoncé la couleur pendant la campagne des Régionales. Ainsi, en page 22 de votre programme, vous déclariez:
"Tous ceux qui prétendent à une subvention de la Région signeront une Charte par laquelle ils s'engagent à partager et mettre en œuvre les valeurs de notre République dont la laïcité et l'égalité homme-femme. Toute entorse à cette règle conduira à la suppression de cette subvention."
"En finir avec le clientélisme et l'opacité.
Les subventions de la gauche que nous ne reconduirons pas:
Plusieurs dizaines de millier d'euros pour promouvoir la théorie du genre"
Je me dois donc de vous féliciter d'avoir tenu une promesse de campagne. Une promesse quelque peu schizo puisque d'un côté vous vous vantiez de défendre l'égalité femme-homme mais que de l'autre vous promettiez de mettre un terme aux organismes promouvant les gender studies (oui parce que, comme vous le savez parfaitement, la "théorie du genre" n'existe pas).

J'en conclus donc que vous considérez que toutes les recherches visant à faire avancer l'égalité femmes-hommes, la lutte contre les stéréotypes sexués dans le monde du travail, la lutte contre les discriminations sexuelles, dans la société, la culture, les médias, le monde universitaire... etc., ne sont plus des domaines d'intérêt majeur.

Prenons acte, Madame la Présidente, de votre décision parfaitement réactionnaire et inversement proportionnelle à l'énergie que vous déployez pour clamer ici ou là que vous êtes féministe.

Et puisque nous sommes à quelques jours de Noël, permettez-moi, Madame la Présidente, de tenir à votre disposition un exemplaire de ma thèse de 729 pages intitulée "La féminisation de l'armée pendant les guerres (1938-1962): enjeux et réalités d'un processus irréversible", financée pour moitié par l'Institut Emilie du Châtelet, créé en 2006, sous l’impulsion du Conseil régional d’Île-de-France, et qui pilotait depuis 2012, le pôle Genre du Domaine d’intérêt majeur, labellisé par la Région Île-de-France, « Genre, Inégalités, Discriminations » (GID), au côté de l’Alliance de Recherche sur les Discriminations (ARDIS), et dont vous trouverez ci-dessous un résumé.
Du 11 juillet 1938, date de la loi Paul-Boncour qui permet pour la première fois une mobilisation légale et officielle des femmes, à la fin de la guerre d’Algérie, les effectifs des personnels féminins de l’armée ne cessent d’augmenter. Entre 1939 et 1962, la France est en guerre sans discontinuer. Présentes sur tous les fronts dès 1939, les femmes obtiennent peu à peu un statut de militaires par le prisme des guerres qui se succèdent en Europe, puis en Indochine et en Algérie. Bravant les lois du genre qui leur interdisaient le port de l’uniforme militaire, les femmes devancent les textes législatifs et contraignent ainsi les institutions à promulguer des lois leur permettant d’accéder à la carrière militaire. Toutefois, cette avancée considérable demeure une avancée en demi-teinte car, au terme de trois guerres, les femmes restent en marge de la Grande Muette qui limite leurs opportunités professionnelles. Malgré le statut du 15 octobre 1951 qui leur garantit des perspectives de carrière sur le long terme, les obstacles culturels restent encore nombreux et les femmes soldats sont loin de faire l’unanimité dans l’inconscient collectif. L’image de ces femmes exerçant un métier d’homme aux vertus traditionnellement masculines de virilité, courage et force, renvoie continuellement aux spectres de la dénaturation de leur sexe biologique. Le poids des traditions et des assignations de genre limitent considérablement leur acceptation dans la mémoire combattante. Pour autant, en choisissant l’armée pour servir la France de la Seconde Guerre mondiale à la guerre d’Algérie, ces pionnières ont ouvert la voie à la féminisation de l’armée qui n’a jamais ralenti depuis.
Restant à votre disposition pour vous en faire parvenir un exemplaire numérique, je vous prie de croire Madame la Présidente, en l'expression de ma considération sincère.

Elodie Jauneau

jeudi 8 décembre 2016

50 nuances de gauche, verte, rouge, rose, molle, vrauche, social-démocrate, social-libérale...

Au commencement, il y avait François Hollande. Président sortant qui, à moins d’une tempête de sauterelles, n’avait aucune raison (si on met de côté sa cote de popularité proche du néant) de ne pas briguer un second mandat de Président de la République.

Il y avait aussi Jean-Luc Mélenchon qui a d’emblée rappelé que jamais Ô grand jamais il n’accepterait de participer à la primaire de la gauche si François Hollande y participait aussi. Sur le principe, il ne semblait pas hostile à une primaire de la gauche mais à condition de pouvoir en choisir les candidats.

En interne, il y avait Manuel Valls. Premier ministre ferme et autoritaire, clivant dans son propre camp et même au-delà, dont le bilan est aussi celui du Président et vice-versa, promoteur du 49.3 pour les lois Macron et El Kohmri, pourfendeur de la déchéance de nationalité, auteur de quelques phrases assassines qui crispent la gauche, accusé d’avoir poussé François Hollande jusque dans les cordes, puis vers la sortie. Lundi dernier, Manuel annonce qu’il est candidat à la primaire de la gauche « pour faire gagner tout ce qui nous rassemble ». Il a donc démissionné dans la foulée de son poste de Premier ministre. Normal. Et il a été remplacé par Bernard Cazeneuve qui, lui par exemple, aurait pu faire un bon candidat pour cette primaire.

Parallèlement, Marie-Noël Lienemann, Gérard Filoche, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, en lice pour cette fameuse primaire, passent le plus clair de leur temps à mettre des tartes à Manuel Valls et François Hollande plutôt qu’à taper sur la droite. En ce sens, ils ont un point commun avec Jean-Luc Mélenchon qui, lui, met des tartes au Gouvernement depuis 2012. Son adversaire, c’est la « gauche de Gouvernement ». OK. Pour Marie-No et Gégé, même combat. Pour Nono et Ben, ça cogne dur sur la « gauche de Gouvernement », mais seulement depuis qu’ils n’y sont plus (au Gouvernement, pas à gauche). Pas fous les types. Pour autant, ils sont eux aussi comptables d’au moins la moitié du bilan.

Au Nord, dans les Hauts-de-France, bien loin de la Terre du Milieu, on a Martine Aubry qui exhorte, à juste titre, la gauche de se rassembler, de faire front commun contre le Front national et le Front filloniste, parce que l’union fait la force. Ça mange pas de pain de le rappeler. Mais Martine n’est pas candidate. 

En périphérie de la Terre du Milieu, on a Jean-Luc Bennahmias, Président du Front démocrate, ancien secrétaire national des Verts et vice-président du MoDem, Pierre Larrouturou, fondateur de « Nouvelle Donne », François de Rugy, Président du parti « Ecologiste ! », Bastien Faudot voudrait bien y participer aussi au nom du MRC, Sidi Hamada-Hamidou, membre du Parti radical de gauche (Mayotte), Maxime Legrand, chef d'entreprise et conseiller municipal d'opposition à Poissy, Fabien Verdier, conseiller municipal de Châteaudun, conseiller régional, et Sylvia Pinel, qui a d’abord été investie par le PRG sans passer par la primaire et qui, depuis que FrançoisHollande a renoncé, a finalement annoncé hier qu’elle participait aux primaires.
Et – toujours depuis hier – on a appris que Vincent Peillon, ancien ministre de l’Education nationale, et eurodéputé, annoncerait sacandidature ce week-end.

Dans l’autre nébuleuse de gauche hors primaire, on a Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron, Yannick Jadot, Philippe Poutou et Nathalie Arthaud.

Et m’est avis que j’en oublie. M’est avis aussi que c’est hyper confus mais c’est pourtant bel et bien ce qui se passe à l’instant T.

Les sondages sur les intentions de vote à la primaire de la gauche sortent Manuel Valls vainqueur à 51%.
Et les sondages sur les intentions de vote à l’élection présidentielle sortent la gauche cumulée au 2nd tour des Présidentielles.

Sauf qu’on n’est pas cumulés.

On est dispersés, divisés, bordélisés.

Pour autant, parmi les membres de l’équipe de foot de la gauche, toutes et tous (sauf Jean-Luc Mélenchon, crédité de 14% d’intentions de vote au 1er tour), y compris Emmanuel Macron (crédité lui aussi de 14% d’intentions de vote au 1er tour) ont unanimement salué la lucidité de François Hollande, sa dignité et la clairvoyance de son message lorsqu’il a pris la parole en direct le 1er décembre 2016: 

Comme socialiste, parce que c’est l’engagement de toute ma vie, je ne peux accepter, je ne peux me résoudre même à la dispersion de la gauche, à son éclatement, parce qu’elle priverait de tout espoir de l’emporter face au conservatisme et pire encore, face à l’extrémisme.
[...] Aujourd’hui, je suis conscient des risques que ferait courir une démarche, la mienne, qui ne rassemblerait pas largement autour d’elle. 
Toutes et tous ont souligné l’urgente nécessité de se rassembler (sauf Jean-Luc Mélenchon).

Mais comme à gauche, on n’a pas le culte du chef, on aime bien bordéliser les choses.

A croire que c’est un véritable hobby.